L’origine des fibres textiles

L’énergie solaire est à la source de toute forme de vie. Ces formes de vie sont à l’origine de toutes les fibres textiles utilisées au cours de l’histoire de l’humanité :

  •  les fibres végétales : le coton et le lin; la cellulose constitue le squelette de tous les végétaux. Elle est obtenue par photosynthèse.
  •  les fibres animales : la laine et la soie; la nourriture ingérée par les animaux est transformée en protéines.
  •  les fibres manufacturées d’origine cellulosique; la matière première est la cellulose extraite du bois.

Les fibres manufacturées d’origine synthétique; la matière première est le pétrole, issu du planton marin.

Fibres végétales : le coton

  La découverte à Mohenjo-Daro, au Pakistan actuel, ainsi que dans la vallée de Tehaucan au Mexique, de vestiges datant de 3000 ans avant J.-C., laisse supposer que le coton servait déjà à la fabrication de textiles il y a plus de 5000 ans. Puis, du temps d’Alexandre, les fines cotonnades en provenance de l’Inde étaient échangées dans le bassin méditerranéen, et c’est précisément la ville d’Alexandrie, située à la jonction des routes menant vers l’Orient, qui faisait office de plaque tournante de ce commerce. Plus tard dans l’histoire, ce commerce contribua largement à la montée du pouvoir économique de la principauté de Venise.
C’est en Espagne, au VIIIe siècle, que les Maures introduisirent la culture du coton et la fabrication de textiles. Ces activités y ont prospéré jusqu’à l’expulsion de l’Islam au XVe siècle. Vint ensuite la découverte des routes maritimes vers l’Inde, qui permit au Portugal de devenir la principale source d’étoffes de coton.
Au cours du XVIIIe siècle, l’expertise en matière de fabrication textile converge vers l’Angleterre qui, aidée par le contrôle qu’elle exerce sur les voies maritimes, devient le principal producteur de textiles. Parallèlement, en Amérique du Nord et dans les Antilles, la culture du coton prend de l’expansion. Ces tendances s’accentuent vers la fin du XVIIIe siècle, alors qu’n Amérique on invente l’égreneuse, et qu’en Angleterre on met au point des machines à filer et à tisser la vapeur.
En 1930, le coton comptait pour 85% de la consommation mondiale de fibres textiles. Mais l’arrivée des fibres synthétiques fit chuter graduellement cette part de marché jusqu’à 47% entre 1950 et 1980. Depuis, elle se maintient entre 46 et 49%. La production annuelle de coton se situe actuellement aux environs de 19 millions de tonnes.

  Bien que la production de coton ait triplé au cours des dernières décennies, la superficie des terres cultivées n’a pas augmenté grâce aux améliorations constantes apportées aux variétés de coton et aux nouvelles techniques agricoles.
Le coton est cultivé dans environ 80 pays. Les principaux producteurs sont : les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Ouzbékistan, le Brésil, la Turquie, l’Australie, le Turkménistan et l’Egypte.

  Le cotonnier appartient à la famille des malvacées. Selon les variétés, le climat et les conditions d’agriculture, sa taille peut varier entre 25 cm et 2m. Il est surtout cultivé en arbuste annuel, bien que dans certaines parties de l’Amérique du Sud et des Antilles, on le cultive comme espèce vivace.
Depuis l’ensemencement jusqu’à la maturité du plant de coton, il s’écoule de 175 à 225 jours. Le coton a besoin d’une grande quantité d’eau pour croître et de chaleur pour mûrir. De ce fait, la culture se fait principalement dans les régions tropicales et subtropicales.
Après la floraison, l’ovaire situé dans le calice se transforme en capsule qui, en éclatant, permet aux fibres de sortir. Dans chaque capsule, on retrouve environ 30 graines. Selon les variétés, le nombre de fibres sur chaque graine varie de 1000 à 10000.
Comme pour tous les produits agricoles, la manière de cultiver le coton diffère énormément d’un pays à l’autre. Dans les pays industrialisés, comme les Etats Unis, on utilise une machinerie lourde; en revanche, dans les pays moins développés, la totalité du travail sera effectuée à la main et par des attelages à boeufs.

  La récolte est effectuée à la main ou à la machine. La cueillette à la man s’étend sur plusieurs semaines. Cette dernière présente l’avantage d’une récolte plus propre, c’est à dire exempte de fibres immatures et de déchets de feuilles. La machine, quant à elle, fauche la production entière sur son passage, y compris des fibres immatures, des feuilles sèches et différentes parties de la plante.
La récolte encore humide devra être séchée à l’aide séchoirs à air chaud avant d’être entreposée pour l’égrenage.
L’égrenage consiste à séparer les fibres des graines à l’aide de machines. Selon les variétés, la longueur des fibres variera de 15 à 50 mm. Les fibres de coton sont transformées en filés selon la méthode de filature à anneaux ou sur un métier à fibres libérées.
Le coton est habituellement négocié selon la variété et l’origine. On retrouve en effet plusieurs variétés de coton, cultivées dans différents pays. Le pays d’origine n’est donc pas le seul critère pour en évaluer la qualité.
Récemment des cotons naturellement colorés, surtout dans des teintes de brin, ont été commercialisés sur une petite échelle.

Fibres végétales : le lin

  Le lin est connu des sociétés civilisées depuis des milliers d’années. Les Egyptiens, les Babyloniens, les Phéniciens ainsi que d’autres civilisations anciennes en faisaient déjà la culture entre 5000 et 4000 ans avant J.-C.
C’est avec des bandelettes de lin que les momies égyptiennes retrouvées dans les pyramides étaient enveloppées. Comparativement, le coton ne fit son apparition en Egypte qu’environ 400 ans avant J.-C.
Les Romains ont mis au point des procédés de transformation du lin qui diffèrent très peu, en principe, de ceux utilisés de nos jours.
Le lin était particulièrement populaire au Moyen Age et il demeure jusqu’à nos jours une fibre naturelle très appréciée.

  La production de lin demeure constante depuis les 25 dernières années. On produit annuellement environ 600000 à 700000 tonnes de lin, ce qui représente 1,5% de la production mondiale de fibres textiles.
Les principaux pays producteurs sont la Chine, la Russie, l’Ukraine, la France, la Biélorussie, les Pays-Bas, l’Egypte, la Belgique, la République tchèque et la Lituanie.

  Les fibres de lin sont extraites des tiges de la plante, laquelle peut être cultivée soit pour ses graines, soit pour les fibres. En ce qui concerne les fibres, on cultive des variétés à fleur bleue ou blanche qui atteignent une hauteur de 80 à 120 cm.
Le lin est une plante annuelle et doit être semée de nouveau chaque année. Le lin profite d’un climat tempéré. Les régions ayant des climats océaniques produisent la meilleure qualité de lin.
Les champs sont ensemencés en mars et en avril, et le cycle de croissance s’étend sur une durée de 90 à 120 jours. Les fleurs poussent au sommet de la tige sur de petites branches latérales. A maturité, après la floraison, la plante développe des capsules de graines de la grosseur d’un pois. Les graines elles-mêmes ont une longueur de 2 mm et sont très riches en huile.
La récolte s’effectue en juillet et en août.
Traditionnellement, on récolte la plante en entier, y compris les racines, pour préserver toute la longueur de la fibre. Aujourd’hui la cueillette peut aussi se faire mécaniquement.

  L’opération de battage a pour but d’éliminer les graines et les déchets de la tige.
Puis, par rouissage, on élimine la pectine qui retient les fibres à la partie ligneuse de la plante. Pour se faire, un haut taux d’humidité est nécessaire. Le rouissage peut s’effectuer soit directement dans le pré par l’arrosage du lin et son exposition à la pluie, ou encore dans une cuve d’eau chaude où on fait tremper le lin dans des caissons pendant 5 à 8 jours.
Les tiges sont ensuite séchées à l’aide d’un four à air chaud.
Le lin roui, une fois détaché du bois de la tige, est ensuite broyé puis teillé pour éliminer les déchets de bois et d’écorce. Il en résulte une filasse de lin dont la longueur peut varier de 45 à 90 cm.
Finalement, le peignage a pour but de séparer les fibres de façon à ce qu’elles puissent être filées. On élimine alors les déchets restants et on sépare les fibres longues des fibres courtes. Le produit final est un lin peigné de belle qualité.

  La filasse peignée est transformée en fil selon la méthode de filature au mouillé.

Autres fibres végétales

  De nombreuses autres fibres végétales sont utilisées dans l’industrie textile. Leurs utilisations dépendent de la qualité et des caractéristiques de chacune.
En voici quelques unes, la liste n’est pas exhaustive.

Le kapok provient d’Afrique, du Brésil, d’Inde, d’Indonésie et du Mexique. On utilise la graine. Ses fibres, peu résistantes, ne peuvent être transformées en fil mais elles sont très légères et hydrofuges. On les utilise dans le rembourrage des vestes de sauvetage par exemple.
Le chanvre provient d’Italie, de Pologne, des pays baltes, de Russie, d’Espagne et d’Algérie. On utilise la tige.  Ses fibres sont très résistantes, rudes, rigides et résistent à la moisissure. Ecologique, sa culture ne nécessite pas de pesticide. Traditionnellement utilisé pour les cordages, les bâches et les trames de tapis, on observe récemment son emploi dans les vêtement.
Le ramie provient d’Orient, de Russie et des Etats Unis. On utilise la tige. Ses fibres sont résistantes, lisses et uniformes, faciles à teindre et résistantes à la lumière. Elles sont naturellement blanches et lustrées. Les tissus sont moins souples que les cotonnades. Egalement désigné sous le terme de « lin oriental » ou de « soie végétale », on en fait du linge de table fin, léger et durable. Dans le vêtement, il est populaire en mélange avec le coton.

 Fibres animales : la laine

 Les feutres de laine étaient connus il y a 7000 ans en Chine, à Babylone et en Egypte. La tonte de la laine est apparue à l’âge du fer avec l’invention des lames à couteaux; auparavant, la laine était arrachée. Au XIVe siècle, le mérinos, une race de mouton, fut développée en Espagne. Le mérinos nous donne la laine la plus fine qui soit. C’est à la fin du XVIIIe siècle que l’élevage du mouton a commencé en Australie. L’ensemble des troupeaux d’élevage australiens compte aujourd’hui 160 millions de têtes, soit environ 14% de la population mondiale de moutons.
Depuis le tournant du siècle, la production de la laine a pratiquement doublé. La production de la laine désuintée est d’environ 2 millions de tonnes, tandis que celle de la laine non désuintée est d’environ 3,3 millions de tonnes. Ceci représente environ 5% de la production mondiale de fibres. L’élevage de moutons se fait dans plusieurs pays.
Les pays producteurs les plus importants sont l’Australie, la Russie, la Nouvelle-Zélande, la Chine, l’Argentine, l’Uruguay, l’Afrique du Sud, la Turquie, la Grande-Bretagne et le Pakistan.

  Les moutons sont tondus à l’aide de tondeuses électriques. Des précautions sont prises afin d’éviter de blesser l’animal et d’obtenir une toison intacte. La laine provenant des pattes est rude et courte. C’est une laine de qualité inférieure, qui est séparée de la toison lors de la tonte.
Après la tonte, la toison est séparée selon une classification allant de 1 (pour la meilleure qualité) à 4 (pour la moins bonne qualité). La qualité est déterminée d’après la finesse, l’ondulation, la longueur, les impuretés et la couleur des fibres. La laine est très sale dans la région du ventre de l’animal.
Une toison non désuintée pèse entre 1 et 6 kg. Une toison australienne moyenne pèse 4,5kg. Environ 40% de ce poids est composé de gras (la lanoline), de saletés et de débris végétaux. Les saletés et la majorité du gras sont éliminés par un léger désuintage, c’est-à-dire par un lavage à l’eau savonneuse, avec un solvant, ou encore par la congélation du gras, éliminé ensuite à l’aide de brosses.
Les matières végétales sont carbonisées à l’aide d’acide sulfurique (épaillage).
Les fibres de laine sont ensuite filées par les procédés de peignage, qui donnent des fils lisses et fins, ou de cardage, qui donne des fils grossiers et volumineux.

  Outre la finesse, la longueur, le gaufrage et la race (Mérinos, Rambouillet), d’autres critères déterminent la meilleure qualité de la laine : la tonte (la laine d’agneau provient de la première tonte après 6 mois, elle est fine, fragile et à pointe effilée), la provenance (Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud), l’origine (la laine vierge provient de fibres obtenues de moutons ou d’agneaux vivants et en bonne santé) et la filature (laine peignée, dont la fibre est fine, lisse, uniforme et longue).

Fibres animales : les poils nobles

  Les poils nobles ont un attrait équivalent à la laine, car ils possèdent des propriétés semblables.

  L’alpaga, le lama, la vigogne et le guanaco font partie de la famille des lamas sauvages ou domestiqués. Ils vivent dans la cordillère des Andes en Amérique du Sud. Ils sont rasés tous les deux ans. Les toisons sont classifiées selon la couleur et le diamètre. Elles sont douces, fines, légèrement frisées et très chaudes. On les utilise dans la maille haut de gamme, les vestes, les pardessus et les couvertures. La vigogne est la fibre la plus coûteuse en raison de sa rareté.

  Le poil de chameau est un duvet léger qui provient de l’intérieur du pelage du chameau de Bactriane. Il est recueilli lors de la mue, une fois l’an. Il est doux, très fin, légèrement frisé et de couleur beige. Le poil des petits de moins d’un an est blanc ou blond et très doux. De ce fait, il est très prisé. Le poil de chameau est utilisé dans la confection de vêtements d’extérieur.

  La chèvre de cachemire vit en Mongolie et dans l’Himalaya à des altitudes qui peuvent atteindre 5000 mètres. Afin de supporter les températures froides, l’animal possède une couche de duvet exceptionnellement fin. Lors de la mue annuelle, le duvet est séparé des jarres(les poils les plus rudes) puis séparés selon leur couleur. Les tissus de cachemire sont légers et très moelleux. Après la vigogne, c’est la fibre la plus chère.

  Le mohair provient du poil de la chèvre angora, qui peut être rasée deux fois dans l’année. La meilleure qualité vient du Texas, de l’Afrique du Sud et de la Turquie. Les poils sont longs et légèrement lustrés. Ils sont blancs et ne feutrent pas facilement, grâce à quoi ils sont faciles à teindre. Le mohair est utilisé dans la confection de vêtements et de couvertures.

  La fibre d’angora est prélevée sur un lapin domestiqué en Europe et en l’Asie de l’Est. Le nom est dérivé d’Ankara, en Turquie. Les lapins sont rasés quatre fois par an. Les poils ont un grand pouvoir absorbant et leur diamètre est extrêmement fin. Cette finesse sans égale exige que la fibre d’angora soit filée avec d’autres fibres afin qu’elle ne glisse pas et tombe des vêtements. L’emploi des poils de surface, un peu plus rudes, confère aux vêtements une apparence ébouriffée.

Fibres animales : la soie

  Selon la légende, il y a 5000 ans, l’impératrice chinoise Si Ling Shi avait observé le ver à soie filant son cocon. Elle en déroule les filaments pour en faire un tissu. Le prix d’une livre de soie équivalait à une livre d’or dans l’Empire romain. Vers 555 avant J.-C., la production de la soie fut établie dans le bassin méditerranéen, après que des oeufs de vers à soie ont été amenés en contrebande en Europe.
La production mondiale de soie brute est d’environ 70000 tonnes, ce qui représente moins de 0,2% de la production mondiale de fibres textiles.
Les plus importants pays producteurs sont la Chine, l’Inde, le Japon, la Russie, le Brésil, la Corée, la Thaïlande, la Turquie et la France.

  A la sortie de l’oeuf, la larve du bombyx du mûrier ne mesure que 2 mm de longueur. Une grande quantité de feuilles de mûrier sont nécessaires pour la nourrir. Après environ 30 jours et quatre mues successives, la chenille atteint la taille d’un doigt et commence à se métamorphoser. A ce stade, on l’installe sur des claies de paille ou de bambou pour qu’elles puissent s’y fixer. La fibroïne de soie (une protéine) est expulsée sous forme de liquide à travers un orifice situé sous la lèvre inférieure de la chenille. La filière est alimentée par deux glandes et les filaments qui émergent sont enrobés de grès (la séricine). La filature prend environ 3 jours pendant lesquels un filament double de 3000m est produit. La chenille se déplace selon un mouvement en forme de huit pour créer un cocon de la grosseur d’un oeuf de pigeon. Les premiers filaments de soie emmêlés, qui recouvrent le cocon et servent à le fixer sur les claies sont appelés blaze.
La transition de la chrysalide au papillon prend environ 14 jours. Le papillon, une mite, sort après avoir percé une partie de la paroi du cocon. Les mites s’accouplent, la femelle pond et le couple meurt quelques heures plus tard.
La récolte produite par 50000 vers à soie équivaut à environ 1000 kg de cocons, lesquels donnent approximativement 120 kg de soie brute.

  Mis à part le bombyx du mûrier, il existe plusieurs espèces vers à soie non domestiquées. La plus importante est le Tussah. Jusqu’à ce jour, il n’y a eu aucune tentative d’élevage de cette espèce en Europe.
Le principal type de soie produite est la soie grège (ou écrue). Les sériciculteurs utilisent des cocons qui ne sont pas endommagés. Ils tuent donc la chrysalide en soumettant les cocons à la chaleur ou à la vapeur (étouffage). Les cocons sont ensuite immergés dans de l’eau chaude afin de dissoudre le grès et de trouver le bout du filament à l’aide de brosses (battage). L’opération suivante consiste à dévider le cocon pour l’enrouler sur une bobine (dévidage). Un seul filament est trop fin pour être dévidé séparément. On regroupe donc 7 à 10 filaments qui sont dévidés ensemble pour former le fil grège.
Cette soie grège, encore recouverte de séricine, est constituée d’écheveaux de filaments d’environ 1000 m de longueur provenant du milieu du cocon. Enfin, les filaments sont réunis par une torsion lors de l’opération du moulinage.
La séricine rend les tricots et les tissés de soie grège rigides et rudes. La séricine est enlevée à la sortie du métier ou de la machine à tricoter dans une solution de savon doux (décreusage). La soie décreusée froisse peu, est souple et lustrée.
Pour compenser la perte de poids attribuable au décreusage et pour donner du maintien et du tombé, on ajoute des sels métalliques à la soie (charge). La soie chargée est raide, froissable et plus lustrée.
Les filaments cassés provenant des cocons ainsi que d’autres déchets de soie sont transformés en filés selon les procédés habituels. Certains filés sont faits à partir de filaments assez longs, qui sont ensuite peignés. Ils sont fins, doux et uniformes. Ils sont désignés sous le terme de schappes de soie.
Les blousses de soie, quant à elles, sont les plus courtes des fibres qui proviennent des déchets de peignage. Elles sont filées sur des cardes en de gros fils irréguliers contenant de petits amas de fibres (neps). On leur donne également le nom de bourrettes.

  Les cocons de soie sauvage sont recueillis sur les arbres et mes buissons. Le grès qui recouvre la soie sauvage peut difficilement être enlevé, et comme les cocons sont percés, on ne peut les dévider. Pour ces raisons, la soie sauvage conserve ses teintes naturelles de brun ou de roux. La finesse des filaments varie et ils apparaissent comme des traits de crayon irréguliers.
La soie sauvage est rarement décreusée. Elle est plus lourde que la soie cultivée, sa couleur plus terne et son lustre estompé.

Fibres manufacturées à partir de polymères naturels

  Il existe trois types de polymères naturels : la cellulose, les alginates et le caoutchouc. Les protéines servent également à la production de fibres. Cependant, de ces quatre types de polymères, seules les fibres d’origine cellulosique ont un véritable potentiel commercial. Pour des raisons pratiques, les fibres manufacturées à partir de polymères naturels désignent les fibres chimiques-cellulosiques. Les fibres à base d’alginates sont produites avec des algues. Elles ne sont pas stables car elles sont solubles dans l’eau savonneuse. Les fibres de caoutchouc sont produites à partir du latex; de nos jours, elles sont remplacées par les fibres élastomères.
On a toujours cherché à trouver un substitut bon marché à la soie. En 1664, Robert Hooke s’est penché sur ce problème, mais les scientifiques ont mis une centaine d’années à découvrir une fibre artificielle imitant la soie.

  La nitrocellulose, le premier dérivé de cellulose soluble possédant une aptitude au filage, fut mis au point en 1832 par Braconnet. Plus tard, il apparut que la nitrocellulose pouvait être dissoute dans une solution d’éther et d’alcool. Plusieurs autres tentatives, plus ou moins concluantes, de produire des fibres furent mises à l’essai, mais jamais pleinement développées. C’est au comte Hilaire de Chardonnet que fut laissée l’initiative de résoudre les problèmes techniques entourant la production de soie artificielle. Son procédé fut breveté en 1885 et le produit commercialisé sous le nom de « soie Chardonnet ». Des fils et des étoffes de soie Chardonnet furent présentés à l’Exposition de Paris, en 1889. La première production de fibres entièrement manufacturées par l’homme débuta à Besançon en 1891, dans l’usine de Chardonnet.
La solubilité de la cellulose dans une solution aqueuse d’ammoniaque contenant des oxydes de cuivre fut découverte en 1857. En revanche, ce n’est qu’en 1897 que le procédé fut développé au point que l’on puisse en faire des fibres. La première production commerciale de rayonne cupro-ammoniacale ou « soie Bemberg » débuta à Wuppertal en 1904.
Le procédé viscose fut développé en Angleterre entre 1892 et 1898. Ce procédé consistait alors à traiter du coton avec de la soude caustique et du sulfure de carbone afin d’obtenir une solution visqueuse pouvant être expulsée à travers la filière dans un bain coagulant.
En1864, une autre méthode de production de fibres manufacturées à base de cellulose émergea à la suite de la découverte en laboratoire de l’acétate de cellulose. Un brevet fut déposé pour la méthode de filage à sec de l’acétate en 1904.

  Ainsi, les années qui ont précédé le XXe siècle ont vu naître l’industrie des fibres manufacturées. Les bas de soie artificielle, apparus après la Première Guerre mondiale, précipitèrent la mode des jupes courtes des « années folles ».
Les bouleversements semblables ont également révolutionné la lingerie de soie artificielle. En effet, un nouveau style de lingerie douce et soyeuse, aux coloris et au drapé exquis, faite de tricot chaîne, envahit le marché. au début, la « soie artificielle » n’était produite qu’en filaments jusqu’à ce que les fibres courtes de viscose soient commercialisées en Allemagne sous le nom de Zellwolle (laine de cellulose). Des recherches plus poussées ont permis de développer des procédés qui ont mené à la production de fibres courtes de viscose aux propriétés semblables à celles du coton. plus récemment, le procédé de fabrication du lyocell à l’aide de solvants organiques a permis de développer des fibres cellulosiques écologiques.

  La matière première de la cellulose est extraite de l’épinette, de l’eucalyptus et du hêtre. Celle-ci se présente sous forme de fragments de bois dépourvus d’écorce et débités à la taille d’une allumette. Les résines et les autres impuretés sont éliminées. La cellulose est purifiée et blanchie avant d’être pressée en feuille.

Fibres manufacturées d’origine synthétiques

  Le chimiste allemand Staundinger prouva en 1925 que les fibres textiles sont composées de chaînes de polymères résultant de la fusion de nombreuses petites molécules en molécules géantes (macromolécules). Ces polymères linéaires sont produits dans la nature par les plantes et les animaux. La découverte de Staundinger stimula les nombreuses tentatives de synthèse de macromolécules en laboratoire.
La synthèse des fibres, telles que le chlorure de polyvinyle, les acryliques, les polyamides et les polyuréthannes, est apparue entre 1931 et 1941. La fibre synthétique la plus couramment utilisée de nos jours, le polyester, fut mis au point en 1941. Au début des années 50, les fibres synthétiques, sous forme de bas nylon, ont connu un succès commercial retentissant partout dans le monde. Jusqu’alors, les bas accompagnant les tenues habillées étaient faits de soie ou de viscose. Quelques années plus tard, des blouses de tricot de nylon « laver-porter » furent mises sur le marché. La première fibre élastomère, le spandex, fut développée aux Etats unis et commercialisée en 1959. Aujourd’hui, les fibres synthétiques représentent environ 40% de la consommation mondiale de fibres textiles.

  Les fibres manufacturées d’origine cellulosique sont considérées comme la première génération de fibres manufacturées; les fibres synthétiques sont de la deuxième génération. La troisième génération, représentée par les aramides, les fibres de carbone et les fibres de céramique, a émergé au cours des 25 dernières années.
On classifie les fibres synthétiques selon les procédés chimiques utilisés pour construire des polymères linéaires à partir de petites molécules. Les deux procédés utilisés sont la polymérisation par condensation et la polymérisation par addition. Les polymères textiles sont, la plupart du temps, des polymères simples mais peuvent être également des blocs de copolymères.
Les principales fibres sont les polyamides (ou nylon), le polyester, les acryliques, le chlorure de polyvinyle, l’élasthanne.

Cuirs et fourrures

  La transformation et des toisons en cuir remonte à très loin dans l’histoire de l’humanité. Etant donné que les peaux et les toisons se détériorent rapidement, qu’elles durcissent et deviennent friables lorsqu’elles sèchent, elles ne peuvent être utilisées telles quelles. La nécessité de préserver les peaux a conduit au développement des procédés de tannage. Une variété de méthodes de tannage et de conservation des peaux ont été développées dans différentes régions du monde, notamment la mastication (les Inuits), le fumage et l’usage de graisse ou de divers extraits d’écorce dissous dans l’eau (tannins).
Les techniques de tannage traditionnelles sont demeurées rudimentaires jusqu’au XIXe siècle alors que furent développées de nouvelles méthodes d’extraction, d’utilisation et d’entreposage des agents tanniques. C’es au début du XXe siècle que les tannins synthétiques furent utilisés pour la première fois.
Les peaux brutes sont produites dans plusieurs régions du monde. Les peaux de vache, d’agneau, de mouton, de porc, de cerf et de chevreuil sont employées dans la confection de vêtements de cuir. Il en existe de deux catégories : les peaux domestiques, provenant d’animaux d’élevage; les peaux sauvages, provenant de la faune.
Seul le derme, la partie centrale de la peau, est utilisé. La partie extérieure (côté poil) est appelée grain, ou fleur. La partie intérieure (côté chair) est appelée chair, ou suède. Le côté grain peut être lissé pour lui donner un aspect suédé, appelé alors nubuck. Une peau très épaisse peut être fendue, la partie centrale porte le nom de croûte.
La transformation des cuirs comprend trois étapes : la préparation, le tannage et la finition.

  Pour la fabrication du cuir, on enlève les poils avant de procéder au tannage des peaux. Dans le cas de la fourrure,  il est important que les poils restent bien accrochés aux peaux.
En règle générale, on utilise les fourrures dans la confection des manteaux d’hiver. Les fourrures sont à poils longs ou courts, rudes ou lisses, et elles peuvent être denses ou peu fournies.
Les fourrures proviennent d’une grande variété d’animaux. Entre 8 et 10% des peaux utilisées dans l’industrie proviennent de la faune, le reste provient de fermes spécialisées dans l’élevage des animaux à fourrure.
Le commerce des animaux de la faune est régi par la Convention internationale de Washington (CITES), à laquelle adhèrent volontairement plus de 90 pays.
La fourrure comprend la peau, qui sera tannée, et les poils, répartis en deux couches : le duvet, et les jarres (poils longs et plus rudes).
L’apprêtage des fourrures comptent plus de 140 étapes, mécaniques et chimiques.

Source : Technologie du vêtement, de Hannelore Eberle, Hermann Hermeling, Marianne Hornberer, Dieter Menzer et Werner Ring, chez Guérin

Laisser un commentaire